Contrepoint à deux voix

 

1. Johannes de Muris (v.1290-ap.1344)

 

Comme premier exemple d'analyse contrapuntique, considérons ce court déchant donné par Johannes de Muris pour illustrer l'ornementation d'une structure contrapuntique sous-jacente en divisant systématiquement chacune des brèves parfaites en trois semi-brèves (= noires pointées) rendues imparfaites par autant de minimes (= croches). Comme précédemment, le premier niveau de réduction identifie les consonances (tant structurelles qu'ornementales) et les dissonances, tandis que le second niveau dévoile le contrepoint (notez que cette analyse et les suivantes privilégient les principes de mouvement contraire et de proximité ; cependant, d'autres interprétations sont possibles qui respectent tout autant les règles du contrepoint : par exemple, à la mesure 3, la sixte fa-ré peut être considérée comme consonance structurelle au lieu de la tierce fa-la).  

 

Ex. 1.1 - Déchant en temps parfait et prolation parfaite

 

(D'après Muris [v.1340], 64.)

Ex. 1.1 -
00:00 / 00:00

C'est ici l'occasion de dire que, sur toute note du tenor, la première des consonances entendues en surface n'est pas forcément celle de l'ossature sous-jacente ; car vu leur importance structurelle, les consonances du contrepoint sont susceptibles de n'apparaître dans la composition qu'en des positions métriques relativement accentuées ou non accentuées. Ceci était encore vrai à la fin du XVIe siècle, ainsi que l'attestent les exemples de diminutions suivants.

 

Ex. 1.2 - Diminutions 

(D'après Morley 1597, 96.)

§ Les accents (>) indiquent l'abaissé du tactus (= la partie forte des temps), là où l'on se serait attendu à entendre les notes originelles sol-la-sol. Or, comme le montrent les croix (+), qui marquent la première occurrence des notes structurelles, ce n'est pas toujours le cas, ces dernières pouvant même sembler sans importance dans les diminutions. 

 

La force de l'ossature note contre note permet aussi que, dans la composition, les dissonances soient plus longues que les consonances qu'elles agrémentent ; et, bien entendu, toute consonance ornementale peut à son tour être ornée.