Contrepoint versus déchant

 

9. Mouvements mélodiques dissonants

 

 Comme les quintes et les octaves consécutives de surface, les sauts dissonants sont entièrement soumis au goût et à la volonté du compositeur. D'ailleurs, la soi-disant difficulté d'intonation que leur prêtent les traités de contrepoint d'école, par un excès de purisme exagéré, n'effrayait aucunement les «chantres experts» du Moyen-âge et de la Renaissance, forts d'une pratique assidue du plain-chant et du contrepoint depuis leur plus jeune âge. Au reste, ces musiciens avaient bien reconnu le caractère expressif de ces intervalles mélodiques particuliers (montrés en notes bleues), ainsi qu'en témoignent les quelques passages suivants.

 

Ex. 9.1 - Sauts mélodiques dissonants 

 

Matteo da Perugia, Le greygnour bien, mes. 12-13                       Matteo da Perugia, Le grant desir, mes. 2-3 

Antonello da Caserta, Tres nouble dame, mes. 6-7                      Solage, Fumeux fume, mes. 3-4

 

Guillaume Dufay, Helas mon dueil, mes. 1-2                                Guillaume Dufay, Flos florum, mes. 28-29

Enfin, il est même des cas où le déchant n'est rien d'autre que le contrepoint, sans ornementation aucune.

 

Ex. 9.2 - Contrepoint sans diminutions

 

Guillaume de Machaut, Messe de Nostre Dame, "Gloria", mes. 93-97