Tutoriel #5

 

Ligatures

 

Par ligature, il faut entendre la représentation graphique d'un groupe de notes qui ne reçoit, en principe, qu'une seule syllabe de texte. Au XIVe siècle, les ligatures se voient surtout dans les parties écrites en valeurs longues (tenor) ou dans les passages mélismatiques. Si les hauteurs des notes d'une ligature se déduisent assez aisément, les rythmes, eux, sont cependant plus difficiles à décoder. Voyons quelques règles de base.

 

Pour arriver à lire une ligature, il faut tenir compte de sa forme (carrée ou oblique), de sa direction (ascendante ou descendante) et des hampes (présence, absence et positionnement).

 

1) Règles pour les ligatures de deux notes

 

a) Si la ligature est oblique, le rythme est longue, brève (quelle que soit sa direction).

 

b) Si la ligature est carrée et ascendante, le rythme est brève, brève.

 

c) Si la ligature est carrée et descendante, le rythme est longue, longue.

 

Modifications des points 1a-c :

 

d) Si la première note d'une ligature a une hampe ascendante à sa gauche, cette note et la suivante sont des semi-brèves (quelle que soit la forme ou la direction).

 

e) Si la première note d'une ligature a une hampe descendante à sa gauche, cette note est un brève (c'est d'ailleurs la seule note pouvant avoir une telle hampe).

 

f) Toute note d'une ligature ayant une hampe à sa droite est une longue.

 

2) Règles pour les ligatures de plus de deux notes

 

a) En utilisant les règles 1a-f, il suffit de déduire le rythme de la note initiale (en la considérant par rapport à la seconde note) et de la note finale (en la considérant par rapport à la note pénultième). 

 

b) Toutes les notes médianes sont des brèves, sauf : (i) la seconde note du cas 1d, qui est toujours une semi-brève ; (ii) toute autre note correspondant au cas 1f.

 

Il nous est maintenant possible de revenir sur la partie de tenor du virelai En mon cuer a un descort (V27) étudié dans le tutoriel #3.

 

Ex. 1a - En mon cuer a un descort, tenor (notation originelle)

 

La portée est précédée de l'initiale ornée «T», première lettre du mot tenor, et la mélodie est notée en clef de do-5. On remarque que le copiste du texte (différent du copiste de la musique) a répété la syllabe «-or» sous la musique. Il ne s'agit pas d'un texte devant être chanté, mais bien d'une indication laissée part le copiste du texte, le premier à travailler sur le manuscrit, afin que, par la suite, le copiste de la musique sache la longueur exacte que doit avoir la portée du tenor.   

 

La première ligature comprend quatre notes : fa-la-sol-ré, les deux premières étant de forme carrée et les deux dernières de forme oblique. La première étape consiste à trouver le rythme de la première et de la dernière notes : (1) la hampe ascendante à gauche de la ligature indique que les deux premières notes sont des semi-brèves ; (2) la dernière note est oblique et nous avons vu que la note finale d'une ligature oblique est toujours une brève ; (3) toutes les autres notes médianes sont des brèves. Ainsi, les quatre notes de cette ligatures sont : semi-brève, semi-brève, brève, brève.

 

Ensuite, il faut adapter ces notes à la mensuration principale. En mon cuer a un descort est en temps parfait et prolation imparfaite, ce qui signifie que les brèves sont théoriquement parfaites et peuvet être rendues imparfaites ; les semi-brèves, elles, peuvent être altérées. En vertu du principe similis ante similem, la première brève de la ligature (sol) est parfaite, puisqu'une semblable lui fait suite ; mais cette seconde brève () est rendue imparfaite par la semi-brève qui suit la ligature (fa), comme le confirme d'ailleurs le point de division. Quant aux deux semi-brèves initiales (fa-la), la seconde doit être altérée pour compléter la perfection. Au final, le rythme de la ligature est le suivant : fa semi-brève, la semi-brève altérée, sol brève parfaite,  brève imparfaite (ou, en notation moderne : 3/4 | fa noire + la blanche | sol blanche pointée | ré blanche + [fa noire] |).

 

Revoici la partie de tenor entière :

La troisième ligature (sol-la-sol-mi) est identique à la première en termes de configuration rythmique, à ceci près que la brève finale, suivie d'un point de perfection, n'y est pas rendue imparfaite par la semi-brève suivante.

 

Si l'on revient à la seconde ligature (mi-ré-do), la hampe ascendante à gauche de la première note indique que cette note et la suivante sont des semi-brèves. La dernière note est de forme oblique, donc une brève. La seconde semi-brève est altérée pour former une unité ternaire et la brève est rendue imparfaite par le silence de semi-brève suivant (lui-même suivi d'un point de division). 

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