Introduction au plain-chant

 

3. Échelle générale des sons

 

.I.

Par l'intermédiaire de Boèce, les théoriciens médiévaux adoptèrent, vers le Xe siècle, la notation musicale alphabétique de la Grèce antique. Les 8 notes du système diatonique médiéval furent alors représentées par des lettres ou «clefs» (clavis) : G, A, B  , B  , C, D, E, F, et les différentes octaves différenciées l’une de l’autre par l’emploi de majuscules, de minuscules et de minuscules doublées (ex. 3.1a). Cette échelle générale des sons ou «gamme» (gammut), comme on l’appelait communément, couvrait un ambitus de deux octaves et une sixte – de Γ (sol grave de la clef de fa) à ee (mi aigu de la clef de sol) –, c’est-à-dire la totalité des notes se retrouvant sur la «main guidonienne» (ex. 3.1b).

 

§ Partie intégrante du système diatonique médiéval, le B  n’était aucunement considéré comme appartenant au domaine du «chant feinct» (musica ficta) dont nous reparlerons sous peu. Comme le précise Yssandon (1582, 7r), l’on ne peut parler de «chant feinct» que lorsque les signes    et    sont employés «hors de   fa   mi», c’est-à-dire sur une note autre que le B. 

 

Ex. 3.1a - La gamme                                           Ex. 3.1b - La main guidonienne

 

 

(D'après Yssandon 1582, 3v.)

(D'après Vanneo 1533, 9v.)

§ Les syllabes qui font suite à chacune des lettres relèvent de la solmisation et seront expliquées ultérieurement.

 

§ Selon Guilliaud, l'échelle générale des sons est appelée «eschelle par similitude : Car tout ainsi qu'en une eschelle on peut monter et devaler de degrés en degrés haut ou bas selon qu'on veult, aussi de clef en clef on peut commodement par icelle eslever ou abaisser sa voix à son plaisir» (1554, Aijv).