Notation mensuraliste de l'Ars nova

 

3. Altération

 

.I.

La règle voulant qu'une note soit toujours parfaite lorsqu'elle précède une semblable oblige l'introduction du concept d'altération, qui double la valeur d'une note. Pour s'en faire une meilleure idée, reprenons l'ex. 2.3a précédent (ex. 3.1a) et imaginons que, pour les trois premières notes, le compositeur ne veuille pas le rythme noire, blanche pointée, blanche, mais plutôt noire, blanche, blanche pointée. Comment l'obtenir si la première brève ne peut en aucun cas être rendue imparfaite? Tout simplement en écrivant non pas semi-brève, brève, brève, mais semi-brève, semi-brève, brève! Dans ce cas, la seconde semi-brève est altérée (= doublée) de façon à devenir une brève imparfaite et ainsi former avec la première semi-brève l'équivalent d'une brève parfaite (ex. 3.1b).

 

Pour ce qui est de l'altération, il faut encore savoir ceci :

 

Pour pouvoir être altérée, une note doit être suivie de sa voisine plus longue dans la hiérarchie (comme une minime suivie d'une semi-brève ou son silence, une semi-brève suivie d'une brève ou son silence, etc.).

 

Chaque fois que deux notes se trouvent isolées entre deux perfections (ou leur silence), la seconde note est altérée (ex. 3.1c-d).

 

Ex. 3.1 - Principe de l'altération 

 

.II.

Tout ce qui a été dit au sujet de l'imperfection et de l'altération reste vrai jusqu'à ce qu'un point de division (punctus divisionis) soit placé entre deux notes. Par exemple, si, dans l'ex. 3.1c, un point est placé entre les deux semi-brèves (ex. 3.2b), celles-ci cessent d'être vues comme un groupe indépendant dont la seconde note doit être altérée. Plutôt, le point divise les notes en deux groupes (brève, semi-brève / semi-brève, brève) dans lesquels la première semi-brève rend la brève précédente imparfaite (a parte post) et la seconde semi-brève rend la brève suivante imparfaite (a parte ante).

 

Il a déjà été dit que chaque fois que les deux types d'imperfection sont possibles, celui a parte post a préséance. Le point de division est aussi utilisé pour spécifier que c'est l'imperfection a parte ante qui est voulue (ex. 3.2a).

 

Nous avons aussi déjà vu que la première note d'un groupe de trois (ou tout autre multiple de trois) ne rend jamais imparfaite la note parfaite plus longue précédente (revoyez l'ex. 2.3). Ici encore, le point de division peut être employé pour contourner cette règle. Sans le point, les trois semi-brèves médianes de l'ex. 3.2c formeraient ensemble une perfection ; or, l'ajout du point indique au chanteur que la première semi-brève doit plutôt rendre imparfaite la brève précédente, et que la seconde des deux autres semi-brèves doit être altérée pour compléter la perfection. L'ex. 3.2d transpose l'ex. 3.2c au niveau de la prolation.

 

Ex. 3.2 - Point de division

Enfin, il est à noter que toute note imparfaite (= la maxime en mode majeur imparfait, la longue en mode mineur imparfait, la brève en temps imparfait et la semi-brève en prolation imparfaite) peut être pointée. Il s'agit alors d'un point d'addition (punctus additionis) qui, comme dans notre notation moderne, ajoute à une note la moitié de sa valeur.